Revenons sur un article publié le 17 octobre dernier qui avait suscité de nombreuses réactions. En préambule je voudrais préciser que cet article n’est pas un article anti-chasse, loin de moi cette pensée mais le simple fait de soulever une question essentielle sur la cohabitation en période de chasse entre chasseurs et pratiques de Sports de plein air sur des terrains communs.

Revenons sur un drame survenu le samedi 13 Octobre dernier en Haute-Savoie. L’accident s’est produit vers 18h00, sur les hauteurs du village de Montriond. Lors d’une battue organisée par des chasseurs locaux, un vététiste a été tué alors qu’il descendait un chemin en lisière de forêt par un homme de 22 ans, invité à la battue.
La victime s’appelait Mark Sutton, âgé de 34 ans et d’origine Britannique, il était installé depuis 4 ans aux Gets (une station voisine de Montriond). C’était le propriétaire de deux établissements : le premier proposant un service de chefs à domicile à Morzine, et le second un restaurant spécialisé dans la cuisine santé aux Gets. C’était un passionné de vtt, malheureusement une passion qui lui a coûté la vie.
Selon le procureur de Thonon-les-Bains, la victime était « parfaitement identifiable », portant des vêtements de couleurs vives et sur un chemin dégagé. Une autopsie devait être effectuée en début de semaine pour déterminer les causes exactes du décès, mais nous n’avons pas de résultats à ce jour. André Mugnier, le président de la Fédération des chasseurs de Haute-Savoie s’est exprimé sur FranceBleu : selon lui, c’est le « résultat d’un geste individuel où malheureusement la personne n’a pas appliqué les règles de sécurité ». A la fin de son communiqué, il dira qu’il faut savoir sur quoi on tire : « on doit identifier ce que l’on tire, il n’y a pas d’excuses ». André Mugnier a l’air particulièrement affecté par cet accident en raison de toutes les règles mises en place après un accident similaire en 2015.
Ce type d’accident n’est malheureusement pas un cas isolé. Depuis 2000, on dénombre 364 décès liés à des accidents de chasse (en moyenne 20 morts par an ) (Source : Le Monde).

Selon l’ONCFS (Office Nationale de la Chasse et de la Faune Sauvage), entre 115 et 180 accidents auraient été recensés chaque saison, dont une vingtaine seraient mortels. Durant la saison 2017-2018, il y aurait eu trois « non-chasseurs » parmi les victimes d’accidents mortels (la plupart des accidents sont entre pratiquants de la chasse). L’IFOP a réalisé une étude importante sur les Français et la chasse. Selon eux, en 2017, 71% des Français ne se sentiraient pas en sécurité, lorsqu’ils se promènent dans la nature en période de chasse. Autre chiffre important : en 2017, 82% des Français seraient favorables à l’interdiction de la chasse le dimanche. Il y a donc une réelle problématique quant à la pratique de la chasse sans mettre en danger la vie d’autrui.

Plusieurs solutions ont déjà été envisagées ou appliquées. En 2017, la Fédération Nationale des Chasseurs s’est exprimée : « Les accidents mortels sont causés par des chasseurs plus âgés, il faut le reconnaître. Nous réclamons une réforme du permis de chasser, qui obligerait les chasseurs à suivre une formation continue. ». Ici, on voit clairement le souhait de la fédération, de réformer la chasse et appliquer des règles pouvant réduire les accidents. À la suite d’un premier accident en 2015, la fédération de chasse de Haute-Savoie avait mis en place une réforme en Juillet 2016. C’était un ensemble de nouvelles règles de sécurité comprenant notamment une formation à la sécurité obligatoire pour 2019. C’est la première fédération de chasse en France a avoir pris de telles mesures. Selon André Mugnier, 98% des chasseurs posséderaient déjà l’attestation de formation.

Alain Perea, un député LREM de l’Aude et coprésident du groupe d’étude Chasse à l’Assemblée Nationale, a publié le 17 Octobre un tweet qui a fait polémique : « La chasse ne dure que 4 mois par an. Pourquoi ne pas interdire le VTT pendant la chasse ? ». A la suite du buzz qu’a créé sa publication, Alain Perea s’est expliqué en disant que ce n’était qu’une question et non une proposition. Selon lui, « il s’agit d’une démarche réciproque. Nous devons apprendre à mieux vivre ensemble ». La question d’interdiction du vtt est une solution très radicale, sachant qu’en plus d’interdire les vététistes de pratiquer leur sport, il faudrait aussi interdire les randonneurs, les coureurs, les cueilleurs ou encore les motards ? Sachant qu’une saison de chasse dure généralement de fin Septembre à fin Février, il n’y aurait donc plus aucune activité possible en forêt tant que le chasse serait ouverte.
Une autre solution proposée serait la géolocalisation et la communication via les outils numériques, une solution dans une société hyperconnectée. D’une simple application, vous pourriez voir où se situent les chasseurs et vice-versa. Ici encore, beaucoup de personnes pensent que ce n’est pas à la population de s’adapter aux chasseurs, mais l’inverse.

Le 28 Août 2018, Emmanuel Macron annonce la division par deux du prix du permis de chasse national, passant de 400 à 200 euros par an. De plus, il assouplit la gestion des espèces pouvant être chassés. Le fait de réduire le prix du permis de chasse pourrait permettre à un plus grand nombre de personnes de posséder une arme à feu et de s’adonner à ce loisir. Il ne faudrait pas qu’il y ait une corrélation entre nombre de pratiquants et nombre d’accidents.

Il est donc urgent de trouver des solutions adéquates pour limiter les risques d’accident afin que toutes les amoureux de la nature puissent s’adonner à leurs loisirs de plein air en toute sécurité.

Valentin Grandjean

Laisser un commentaire